Par : Karine St-Germain, ing., PA LEED BD+C, ENV SP, CMVP, chargée de projets, Transition énergétique | EXP
L’accélération des aléas climatiques pose d’importants défis aux villes et municipalités. Les pluies extrêmes et les inondations mettent à l’épreuve les réseaux d’égouts pluviaux et les infrastructures souterraines, tandis que les vagues de chaleur touchent particulièrement les populations vulnérables et accentuent la pression sur les bâtiments et la distribution énergétique.
Pour être plus résilientes face aux défis climatiques, les villes et municipalités doivent adopter une approche proactive et investir maintenant. Selon l’Institut climatique du Canada, l’adaptation anticipative des infrastructures, des bâtiments et des collectivités est économiquement avantageuse : chaque dollar investi permettra d’économiser de 13 à 15 $ à long terme, en réduisant les dommages potentiels et coûts de reconstruction liés aux impacts des changements climatiques. La prévention permet de limiter les dégâts de demain et réduire les coûts des impacts climatiques. Les villes et les municipalités cherchent des solutions durables et avantageuses, appuyées sur une compréhension globale des risques auxquels elles sont exposées. Plan climat, plan d’adaptation aux changements climatiques (PACC), inventaire des gaz à effet de serre (GES), mesures d’atténuation ou d’adaptation… les options sont nombreuses, mais leur efficacité dépend d’une seule chose : une démarche cohérente et éclairée.
Atténuation et adaptation : clarifier les approches pour mieux agir
Atténuation
Face aux impacts des changements climatiques, les municipalités peuvent se préparer en investissant dans les efforts d’atténuation, d’adaptation, ou les deux. Ces deux approches répondent à des objectifs distincts.
L’atténuation vise la réduction des GES en agissant sur les sources d’émissions ou sur l’efficacité des systèmes énergétiques. Les municipalités peuvent ainsi cibler les secteurs à forte intensité de GES, à partir de données analysées par EXP. Par exemple, les transports routiers font partie des plus importants postes d’émissions directes de GES dans les municipalités. En s’appuyant sur l’analyse des données, comme celle de la Société de l’assurance automobile du Québec, les expertes et experts d’EXP peuvent proposer des mesures d’atténuation adaptées. Ces dernières peuvent être en lien avec la sensibilisation à l’achat de véhicules électriques, hybrides ou compacts, l’aménagement d’un réseau cyclable intermunicipal, l’élaboration d’incitatifs au covoiturage, etc. De plus, un plan de mobilité active et durable peut être élaboré pour soutenir les villes et municipalités dans leur transformation des modes de transport collectif et actif.
L’environnement bâti fait également partie des plus importants postes d’émissions de GES. Même des bâtiments alimentés à l’électricité et qui émettent peu de GES peuvent avoir une faible performance énergétique. Pour être en mesure d’identifier ces bâtiments, il faut connaître la consommation énergétique de chacun d’entre eux par source d’énergie et évaluer la quantité de tonnes de GES par mètre carré. Il sera alors possible d’établir une liste des bâtiments les plus émissifs dans la municipalité, de sensibiliser les propriétaires à la nécessité d’apporter des améliorations énergétiques et de les informer sur les programmes de subventions disponibles. L’expertise de nos équipes nous permet non seulement d’optimiser les bâtiments grâce à des mesures d’efficacité énergétique performantes, mais aussi de les convertir en abandonnant progressivement les énergies fossiles au profit d’énergies renouvelables, comme l’explique mon collègue Patrick Belzile dans son article sur les enjeux et innovations en transition énergétique.
Une autre source importante d’émissions de GES est liée à la gestion des matières organiques. Des solutions pour aider les villes et municipalités à réduire ces émissions peuvent alors faire partie des mesures d’atténuation possibles à mettre en place, par exemple, en captant le méthane émis par les matières organiques pour le transformer en énergie réutilisable, au lieu de le relâcher dans l’atmosphère.
Adaptation
L’adaptation des effets aux changements climatiques repose sur la gestion proactive des risques climatiques, en s’appuyant sur des données et des analyses des aléas selon le portrait climatique des différentes régions. Cette approche permet d’identifier les dangers potentiels : fréquences d’inondations, indices de chaleur, niveaux d’érosion, précipitations extrêmes, évaluation de la vulnérabilité des infrastructures, de la population et des milieux naturels. À partir des résultats obtenus grâce aux analyses réalisées par les expertes et experts d’EXP, les interventions recommandées peuvent notamment porter sur :
- la conservation ou la restauration des milieux naturels pour optimiser l’absorption de l’eau de pluie par le sol ;
- la conception ou la modernisation des réseaux d’égouts pluviaux plus efficaces et résilients ;
- l’atténuation de l’effet d’îlot de chaleur urbain par des stratégies d’aménagement ciblées, comme le parc résilient de la place des Fleurs-de-Macadam ;
- la sensibilisation des collectivités face aux vagues de chaleur.
Une fois l’approche identifiée, notre équipe élabore soit un plan climat, un plan d’adaptation aux changements climatiques (PACC), ou un plan d’action d’atténuation des GES. Le plan climat inclut des mesures d’atténuation et d’adaptation aux changements climatiques, tandis que le PACC se limite aux mesures d’adaptation aux changements climatiques. Le plan d’action d’atténuation des GES concerne les mesures d’atténuation aux changements climatiques. Le recours à l’un ou l’autre de ces outils découle avant tout des objectifs que la ville souhaite atteindre et du cadre d’intervention qu’elle privilégie en matière de changements climatiques.

Complémentarité entre atténuation et adaptation
Source : Ouranos et MELCCFP. 2024. Élaborer un plan d’adaptation aux changements climatiques, guide pour les organismes municipaux.
La collaboration : la clé du succès de la démarche d’élaboration d’un plan climat
L’élaboration d’un plan climat repose sur une démarche collaborative structurée, à laquelle prennent part plusieurs acteurs socioéconomiques. Dès le début de la démarche, les diverses parties sont appelées à travailler ensemble pour définir les objectifs et identifier les défis potentiels. Les discussions permettent de mettre en lumière les préoccupations et de choisir le type de plan le mieux adapté à la ville ou à la municipalité. Cette décision est prise en fonction d’éléments fondamentaux, comme le niveau d’exposition du territoire aux aléas climatiques selon son portrait climatique, la capacité de mobilisation interne ainsi que l’inventaire, la pertinence et la disponibilité des données existantes.
Élaboré en adoptant une approche consultative et collaborative, le plan climat comprend :
- le portrait territorial, développé avec les équipes des services municipaux ;
- la caractérisation du climat passé, actuel et futur, en fonction des données scientifiques recueillies lors des rencontres techniques avec les acteurs municipaux ;
- la cartographie des aléas climatiques et des zones d’intervention prioritaire, créée à partir des systèmes d’information géographique (SIG) municipaux et des constats réalisés sur le territoire ;
- l’analyse des risques climatiques, réalisée en collaboration avec les gestionnaires municipaux pour refléter leurs réalités opérationnelles, par exemple en se basant sur les travaux publics, l’aménagement, la sécurité civile, etc.
Une fois ces données recueillies, nous réalisons l’inventaire des émissions de GES, fixons des cibles de réduction et identifions les mesures de réduction potentielles. Enfin, des mesures d’adaptation sont élaborées pour renforcer la résilience face aux impacts climatiques en lien avec les risques identifiés. Dans le programme Accélérer la transition climatique locale (ATCL), les mesures de soutien à la transition climatique sont reconnues comme des actions structurantes et collectives, essentielles à la réussite du plan climat, même si leurs retombées ne sont pas directement quantifiables en GES.
Le succès de cette démarche mise sur la collaboration entre les équipes municipales et celles d’EXP. L’expertise technique de l’équipe en développement durable d’EXP combinée à celle des équipes municipales et leur connaissance maîtrisée du territoire est primordiale. La participation citoyenne constitue l’un des éléments clés de cette démarche. Au moyen de consultations, sondages et rencontres publiques, nous recueillons des données qui enrichissent nos analyses.
C’est la méthodologie qu’a retenue la Ville de Granby dans le cadre de l’élaboration de son PACC, pour développer une démarche d’adaptation proactive et alignée sur la perception des risques par les équipes municipales et les citoyennes et citoyens, tout en s’appuyant sur une analyse rigoureuse du territoire.
De la planification à la mise en œuvre : par où commencer ?
La mise en œuvre d’un plan est un exercice qui nécessite autant de rigueur technique que de coordination stratégique. Les experts et experts d’EXP accompagnent les municipalités dans :
- la priorisation des mesures selon les risques, les zones d’intervention prioritaires, le budget, la faisabilité, la disponibilité des ressources et les subventions disponibles ;
- la conception technique et la réalisation d’ouvrages ou d’études complémentaires (résilience des infrastructures, gestion pluviale, efficacité énergétique, etc.) ;
- la création d’indicateurs de suivi et de mécanismes de révision périodique.
L’approche proactive n’est plus une option pour faire face aux défis climatiques du futur : elle est essentielle dans la planification et la conception des projets pour réduire les émissions de GES.
Pour en apprendre davantage au sujet de nos services et de nos réalisations en climat, résilience climatique + développement durable et sur la façon dont EXP peut vous accompagner dans votre démarche d’adaptation proactive, communiquez avec Karine St-Germain.
Ressources
Portraits climatiques des régions du Québec | Ouranos
Limiter les dégâts | Institut climatique du Canada